Forum Egyptien pour les Droits de l’Homme
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Égypte : fin de parcours pour la révolution

Communiqué de presse conjoint

Paris, le 16 avril 2019

Le Parlement égyptien se penche aujourd’hui sur une série de révisions de la constitution qui, si elles étaient adoptées, permettraient au président Abdel Fattah al-Sissi de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034 et institutionaliseraient une forme dure d’autocratie, notamment en elevant la limite de deux mandats présidentiels de quatre ans. Elles auraient également pour conséquence de constitutionnaliser l’absence d’indépendance de l’appareil judiciaire et de fragiliser encore davantage la séparation des pouvoirs en octroyant à l’armée des pouvoirs illimités en lui permettant entre autres de destituer des officiels élus et de poursuivre des opposants politiques.

À l’occasion d’une conférence de presse organisée aujourd’hui à Paris, EuroMed Droits, la FIDH, le Forum égyptien des droits humains et la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen ont condamné cette initiative avec la plus grande fermeté. Parmi les intervenants figuraient Alain Gresh, directeur du journal en ligne Orient XXI et spécialiste du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, Claire Talon, chercheuse, ancienne correspondante du journal Le Monde et ancienne directrice de la branche Moyen-Orient et Afrique du Nord de la FIDH, ainsi que Amr Waked et Khaled Abol Naga, deux acteurs égyptiens ayant récemment subi des représailles et des manœuvres d’intimidation à la suite de leur participation à des actions de défense des droits humains à Washington. Les intervenants ont exprimé leur vive opposition au projet de révision, qui porterait une atteinte grave aux droits humains et à l’état de droit en Égypte.

Les organisations soussignées sont solidaires des défenseurs des droits humains et des militants prodémocratie qui, en Égypte, ont été exposés à des mesures de rétorsion et à des actes de harcèlement pour avoir dénoncé ces modifications de nature dictatoriale.

Citations


Wadih Al Asmar, président d’EuroMed Droits
 : « Il s’agit de la dernière étape de consolidation du pouvoir autoritaire dans un contexte de répression généralisée de la société civile qui s’est considérablement aggravée depuis l’accession au pouvoir du président Al-Sissi. Détentions arbitraires, interdictions de voyager, gel des avoirs, fermetures d’ONG et actes d’intimidation : il ne semble y avoir aucune limite à la répression qui frappe ceux qui osent parler. »

Éléonore Morel, directrice générale de la FIDH : « L’une des dernières réalisations de la révolution pourrait être retirée au peuple égyptien, puisque ces révisions font resurgir la possibilité d’une présidence à vie. Les alliés étrangers du régime militaire d’Al-Sissi doivent les condamner fermement et réexaminer leur soutien à ce régime autoritaire. »

Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’homme : « Le soutien sans faille apporté par le gouvernement français au président égyptien, a des conséquences directes sur la détérioration de la situation des droits fondamentaux en Egypte. Il cautionne une suppression sans précédent des libertés en Egypte, tandis que les exportations par la France d’armes et de technologies de surveillance, d’interception de masse, ou encore de contrôle des foules, servent vraisemblablement bien plus les objectifs d’une répression tous azimuts qu’une lutte efficace contre le terrorisme, loin de porter ses fruits en Egypte et dans les pays voisins. »

« La situation des droits humains s’est dégradée sous la présidence d’al-Sissi, ce qui alimente sans cesse des griefs politiques, sociaux et économiques, en plus de fragiliser, voire de déchirer le tissu social de l’Égypte », a déclaré Moataz El Fegiery, cofondateur et secrétaire général du Forum égyptien des droits humains. « Les révisions de la constitution proposées par ce parlement, dominé par l’exécutif, ajoutent une autre composante incendiaire à cette trajectoire explosive, ce qui conduira probablement à des répercussions indésirables à moyen terme », a-t-il ajouté. « Nous appelons tous les esprits libres à s’opposer à ces modifications et à voter contre toutes les propositions visant à déstabiliser l’Égypte. »

À propos des cosignataires

EuroMed Droits est un réseau de plus de 80 organisations, institutions et individus œuvrant pour la défense des droits humains basés dans 30 pays euro-méditerranéens. Créé en 1997 en réponse à la Déclaration de Barcelone et à la mise en place du partenariat euro-méditerranéen, il défend les principes universels des droits humains et croit fermement à la valeur de la coopération et du dialogue à l’intérieur des pays et par-delà les frontières. https://euromedrights.org/

La FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme) est une ONG internationale de défense des droits humains qui fédère 184 organisations de 112 pays. Depuis 1922, la FIDH s’emploie à défendre tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. https://www.fidh.org/fr/

Créée en 1898 pour défendre un innocent, le capitaine Dreyfus, la Ligue française des droits de l’homme et du citoyen (LDH) lutte pour la justice, la liberté, les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, et combat le racisme et l’antisémitisme depuis plus de 120 ans. https://www.ldh-france.org/

Le Forum égyptien des droits humains (EHRF) a été créé en tant qu’ONG indépendante en rassemblant une série de défenseurs des droits humains issus de divers domaines professionnels et universitaires agissant à titre personnel. Contraints de fuir l’Égypte, ils résident actuellement en Europe et aux États-Unis. Les persécutions politiques, les menaces à la sécurité et même les menaces d’assassinat dont ils ont fait l’objet les ont empêchés de poursuivre leurs activités militantes légitimes en faveur des droits civils et humains dans un environnement autoritaire extrêmement restrictif. L’EHRF privilégie le dialogue avec les acteurs politiques, civils et des droits humains en Égypte et dans la diaspora. À travers le dialogue, le Forum entend parvenir à un large consensus sur une série de mesures et de contre-projets ancrés dans les valeurs communes des droits humains. https://www.egyptianforum.org/

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